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Hier j'avais sorti le lys de la chambre: beau temps, fenêtres ouvertes, petite brise: le parfum des fleurs se diffusait dans tout l'appartement de façon entêtante mais agréable. Les chats dormaient.

Et à quinze heures je lève le nez de mon ordinateur pour voir Altesse, mystérieusement délocalisé de son fauteuil où il dormait l'instant d'avant, macher avec délices les feuilles du lys.

Alerte générale: le lys est toxique, surtout et excessivement pour les chats.

Urgences vétérinaires: je téléphone directement sur le portable de ma véto favorite et préférée (à laquelle je n'ose toujours pas dire que je ne pige pas un mot d'Allemand, mais heureusement, petit à petit je m'améliore...) pour lui expliquer la situation. Il est quinze heures quinze, le cabinet est ouvert, mais généralement elle ne consulte pas avant seize heures.

Elle me répond, me demande d'apporter le chat à Marckolsheim: ouf ! elle est à son cabinet.

Le temps de mettre un harnais + laisse au chat qui re-dort, de couper deux feuilles de lys pour exemple (le lys est retournée dans sa chambre 5 secondes après le flagrant délit ! ), d'attraper le carnet de santé, mon sac et les clés de la voiture, et je file sur Marckolsheim.

On arrive chez la vétérinaire, le chat, qui tient absolument à s'installer sur mes genoux, file à l'intérieur du cabinet vétérinaire dés que j'ouvre la portière (je suis, comme toujours, garée juste devant la porte). Surprise amusée de la véto, qui a plutôt l'habitude de voir les animaux résister et rentrer à reculons, et non courir ventre à terre à l'intérieur comme le fait Altesse.

Et là, on lui fait le grand jeu, au chat: pipette de charbon (le charbon absorbe les toxines), puis injection de vomitif (Altesse ayant ingéré les feuilles 20 à 30 minutes plus tôt, on a peut-être encore une chance de les récupérer), vérification du poul (un peu rapide), et la véto et son assistante, gentille et très germaphone, merci mes cours d'Allemand, me laissent attendre que le chat vomisse (j'ai droit à un mini bassin en métal pour le chat, le même que chez les dentistes) tandis que les consultations se continuent dans la salle d'attente (forcément, vu qu'Altesse et moi squattons la salle de consultation).

Altesse, rebelle à mort, ne vomit pas. Je le caresse, l'assistante vient bavarder avec moi (elle me parle en Allemand, je lui répond en Français), mais ce chat refuse de vomir. La vétérinaire, vient voir, et décide de lui faire une deuxième injection de vomitif. Altesse proteste énergiquement. Quelques instant plus tard, enfin des résultats: aucune feuille n'est visible, il n'y a guère que le charbon qui a été régurgité. Donc re-pipette au charbon,  et ce coup-ci, c'est moi qui passe en salle d'attente avec ma cuvette en métal, car un chat malade arrive (seal point tabby, une petite merveille de 2 kg 5, qui gueule comme un putois pendant toute la consultation).

Altesse ne vomit toujours pas, et au moment où il commence à saliver - enfin ! - le chat malade se met à éructer des hurlements tout à fait spectaculaires, Altesse sursaute, la cuvette tombe dans un bruit d'apocalypse, et la vétérinaire surgit de la salle de consultation.
Tout va bien.
Je prend Altesse sur mes genoux, histoire de le calmer et effectivement il se calme (je suis couverte de poils des clavicules jusqu'aux genoux) et finit même par somnoler.

Fin de la consultation de l'autre chat, qui retourne avec ses maîtres en salle d'attente, tandis que je retourne en salle de consultation.
Je pose Altesse, maintenant tout mou et inerte, sur la table de consultation, et la vétérinaire prend son pouls.
Elle m'explique qu'il est un peu sonné par le traitement de choc, qu'il restera ainsi pendant toute la soirée, et commence à préparer mon petit sac: pilule diurétique pendant trois jours pour protéger les reins, patée à diluer avec de l'eau pour le faire boire (mais normalement avec le traitement, il devrait spontanément avoir soif et boire beaucoup), pipette de charbon à lui administrer ce soir, explications diverses (qu'il boive beaucoup, surveiller qu'il pisse beaucoup aussi, vérifier qu'il va bien...).
Je mets le petit sac de médocs et d'ordonnances dans mon sac et m'en vais payer.

La vétérinaire, qui garde  le chat très groggy sur sur la table de consultation pendant que je paye à côté, me demande de le garder jusqu'à 19 heures (heure de fin des consultations et de fermeture du cabinet, avec toutes ces péripéties il est déjà cinq heures moins le quart !).
"Sinon, moi je vais m'inquiéter, et vous aussi parce qu'il est complètement groggy".

J'accepte: le chat sera effectivement mieux surveillé par la véto et son assistante, susceptibles de reconnaître un problème médical, plutôt que par moi, qui vais poser le chat et le laisser dormir sans être capable de faire la diffèrence entre simple sommeil et complicatiion... La véto me fait écouter le pouls d'Altesse et m'explique que là, "il est très loin". Ca ne me rassure pas vraiment.

Je repars donc chez moi et attends jusqu'à 19 heures de pouvoir aller récupérer le chat.

Deux heures plus tard, je reprends donc la voiture et arrive au cabinet, vois la véto  en train de discuter vivement avec un groupe de femmes très agitées (les bribes de conversation ne donnent pas envie d'intervenir et je rentre directement dans le cabinet, où je suis accueillie par l'assistante, très embêtée et qui tasse un peu les épaules à chaque cris féminins qui arrivent jusqu'à nous).
Nous allons voir le chat et la véto arrive peu après, , tout de suite souriante mais encore un peu  surprise de son accrochage avec ses voisines (elle a refusé de hausser le ton, mais s'est du coup retrouvée débordée par les  sexagénaires très en verve).

Auscultation du chat, toujours très mou. Un bon signe: il a uriné dans sa cellule, ce qui montre que le diurétique commence à faire action. A part ça c'est un tas mou de poils humides.
Mais le pouls et la température (38.5°) sont normaux, et je repars avec mon convalescent, qui se ranime quelque peu en voyant la rue. La vétérinaire me demande de rappeler demain pour donner des nouvelles du chat et je m'y engage.

Cinq minutes de route pour rentrer, et je rends Altesse à son père, qui le suit, le renifle et l'inspecte de façon assez envahissante.

Je descend au sol les gamelles d'eau, vérifie que l'eau et propre, et comme Altesse ne boit pas (il se contente de rester la tête au-dessus du bol d'eau, le menton presque à la surface, comme si les gouttes d'eau devaient lui sauter dans la gueule par un procédé mystérieux et magique). Je lui prépare une petite gamelle avec un peu de lait et beaucoup d'eau, histoire de l'inciter à boire, mais cela marche moyennennement (sur Altesse, car pendant tout ce temps je dois éloigner Bouchon, plus ou moins énergiquement...).

Après vérification des différentes médications et indications, je décide d'attendre la fin de la soirée pour la joyeuse séance pipette au charbon.

Et c'est comme ça qu'à 23h30, je suis en train de mélanger de la patée avec de l'eau pour obtenir un ensemble le plus liquide possible.
J'attrape le chat, la pipette, pipette dans la gueule du chat, les gouttes de charbon volent, le chat s'enfuit, je pose la pipette, reprend le chat, une serviette pour l'emmailloter, re-pipette, le chat se débat, la serviette se défait, je pose tout zet recommence. Au final, le chat avale 80% d"e la pipette, je lui pose la gamelle de patée liquide sur le sol et vidange la pipette dedans, et il boit le tout sans broncher.

Là encore, Bouchon, extrêmement intéressé par tout ce qui se mange, se montre très insistant, et donc je prépare une deuxième gamelle: patée, eau, touiller jusqu'à ce que ça soit bien liquide, youpi, je pose la deuxième gamelle par terre, les deux chats s'en vont dans un bel ensemble roupiller dans le salon.

AAAARRRGGG.

Au final, je passe la nuit avec les chats, histoire de pouvoir vérifier l'état de santé d'Altesse, et finalement ce matin le chat est en forme (et résiste vaillamment à mes tentatives pour lui faire avaler son médicament, mais j'y arrive quand même!!).

J'ai posé le lys et la plante grasse sur le palier, ils feront office de décoration parmi les chaussures et les morceaux de PC.

Pendant ce temps-là, la népéta que j'entretiens avec amour spécialement pour les chats reste intacte au bord de la fenêtre, intouchée depuis un an et demi.
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Tag(s) : #Distractions alsaciennes
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